Solidarité

Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, journalistes à France 3, sont retenus en otage en Afhanistan depuis le 29 décembre dernier.
6 mois, c’est une éternité, pour les proches, la famille, les confrères. A titre de repère, la journaliste Florence Aubenas fut libérée au bout de 157 jours, ou 5 mois.

Attention, vous êtes filmés et enregistrés depuis le début!
Le débat du jour
Voici une rencontre qui aura suscité de vives réactions! Plus que le débat entre patrons et journalistes de la veille, finalement très feutré (voir le jour 2). Pourtant, l'intitulé ne laissait pas deviner un terrain propice à la polémique: « L'avenir est-il à l'hyperlocal? Presse, web-TV, TNT, etc. » Que s'est-il passé? En fait, c'est le choix des intervenants (et donc une partie de leur discours) qui a fait bondir -au moins- deux journalistes. Quant au sujet lui-même, il n'a pas toujours été abordé directement, d'ailleurs...

Hubert Coudurier croit beaucoup à la locale: [i]Le Télégramme de Brest va lancer une télé au mois de novembre.[/i]
Didier Falcand, directeur des Clés de la Presse, chargé d'animer ce débat du vendredi matin, a rappelé en préambule l'essor des médias locaux ces dernières années: télés, radios associatives... « Les médias traditionnels sont encore nettement majoritaires pour l'info locale » a-t-il précisé. Mais les blogs s'attachant à couvrir la vie de petites communes, de quartiers de grandes villes se multiplient. Hubert Coudurier, directeur de la rédaction du Télégramme de Brest, a mis le doigt sur les errements de la PQR des années 70 (connivence avec les pouvoirs, manque de professionnalisme) que celle-ci a payé -et continue de payer aujourd'hui. « Le drame de la PQR, c'est qu'elle était en retard sur la société. » En outre, « la presse régionale a dû accepter de partager son monopole: elle n'y était pas préparée ». Néanmoins, Hubert Coudurier croit toujours que la PQR a un rôle important à jouer si elle s'en donne les moyens: « On peut revisiter le local, avec de l'investigation et de la qualité; rester des référents, des professionnels respectés et rigoureux qui travaillent avec exigence et passion. » Néanmoins, pour ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, son journal parie notamment sur une télé locale, qui sera lancée en novembre.

Michel Lallement, l'homme par qui le scandale est arrivé... Et Nicolas Guillaume, à l'arrière-plan.
C'est avec Michel Lallement, de Pili Pili, que le scandale est arrivé... « L'info hyperlocale est bien dans son temps, très attendue. Elle réunit proximité, utilité, praticité, crédibilité. Il ne s'agit pas de l'info locale à papa. Il y a de la place pour une nouvelle forme d'info locale, qui ne se réduit pas à l'actualité locale. De l'info de loisirs, de consommation... Cela correspond à une attente massive chez les consommateurs d'aujourd'hui » De plus, selon lui, « il faut se caler sur ce que les gens attendent ». Mais de quoi parle-t-on ici? D'info, vraiment? Eh non! Il n'y a pas d'information dans Pili Pili: il s'agit de publicité, de coupons à découper et au mieux d'infos pratiques commerciales. Stupeur dans la salle... Pas grave: Michel Lallement a poursuivi: « les journaux doivent se préoccuper des vrais centres d'intérêt des gens. Il faut écrire dans le sens du lecteur, pour donner l'info la plus utile possible. » Quel merveilleux mélange des genres! Faire passer la pub pour de l'info, brouiller les frontières, rendre les distinctions floues... Quelle belle idée du journalisme! Flatter les instincts consuméristes, ne pas parler de choses sérieuses ou qui fâchent... Un journaliste de Montpellier a poussé un coup de gueule: « je suis extrêmement irrité contre les Assises, qui ont invité M. Lallement! Il joue sur les mots, ce n'est pas de l'info, mais de la pub! Les Assises font le jeu de ceux qui veulent détruire la frontière entre l'info et la pub. Je n'ai rien contre vous personnellement, mais allez parler ailleurs! » Un collègue de France 4 a renchéri: « On parle de marque, de produit, de consommateurs... C'est les Assises du journalisme, pas les Assises du business! On marche sur la tête! »
Si encore cet intervenant avait avancé à visage découvert, sa présence aurait sans doute étonné, mais moins choqué. Elle n'était pas illégitime à mes yeux, au contraire: il est intéressant d'entendre ce genre de discours, comme avec les patrons de presse, sinon les débats ronronnent entre gens du même monde et aux mêmes idées. Mais ce flou volontaire, donc malhonnête, dans les notions essentielles d'information et de publicité était plus que suspect. Mais ce n'était pas tout...
Dernier intervenant à la tribune, Nicolas Guillaume, « blogueur citoyen » qui tient le site d'infos bisontin Le Blog de la Boucle. « Concepteur web et mobile », puis « consultant pour la presse interactive », ce jeune homme de 24 ans gère selon lui un « support citoyen ». Grognements et suspicions dans l'assistance... Mais Nicolas Guillaume a -lui- les idées claires. Il explore un nouveau territoire, avec un sérieux revendiqué, mais refuse l'ambiguité. « Être blogueur citoyen, ce n'est pas être irresponsable, au contraire. Je recherche la crédibilité. » Se prend-il pour un journaliste? « Non, je ne veux pas devenir journaliste. C'est autre chose, avec un autre regard. Je ne veux pas me substituer à eux. » Hubert Coudurier, mi-convaincu, mi-provocateur, s'est réjoui du discours de son voisin: « Il parle comme un journaliste, il a la passion, le goût du métier. Ce qui compte, c'est le contenu du média et son équilibre économique. » Le collègue de Montpellier s'est également insurgé de la présence de Nicolas Guillaume: « Il y a des expériences de journalisme hyperlocal sur le web, alors pourquoi faire venir un blogueur citoyen? » L'absence de Patrick Pelletier (voir ci-dessous) déséquilibrait en effet le débat. Cependant, Nicolas Guillaume ne s'est pas démonté: « Je vérifie mes infos, mon blog n'est pas une machine à rumeurs! » Et encore: « Je n'aime pas le terme de « journaliste citoyen ». Je préfère être considéré comme « premier témoin de l'information ». Le journaliste, c'est un journaliste. » Voilà qui pourrait calmer « l'angoisse de disparaître chez les journalistes » qu'a diagnostiqué Hubert Coudurier. Qui ne la partage pas: « On aura toujours besoin de journalistes. »
Les dernières flèches ayant été tirées, et les deux participants les plus virulents ayant quitté la salle, on s'est penché, sans doute trop tard et pas assez, sur le vrai sujet du débat... L'hyperlocale, c'est quoi? « Les bons quotidiens de la PQR en font déjà » a assuré, avec raison, Michel Lallement (pour faire la paix?). Faut-il aller jusqu'au quartier, jusqu'à la rue comme le font certains blogs, certaines newsletters? Pour quelle audience et avec quelle rentabilité? « Il ne faut pas croire que c'est un Eldorado! » a prévenu une intervenante dans la salle. Une comparaison intéressante avec la vague des radios libres au début des années 80 a été faite. Comme pour ces antennes animées parfois dans un joyeux n'importe quoi par de nombreux amateurs, combien restera-t-il de ces web-quelque chose dans dix ans? Quelle taille, quel modèle économique, quels contenus afficheront-ils? Idem pour les petites télés... L'avenir dira ce que deviendra l'aventure des pionniers de l'hyperlocale.
Les Isérois du jour
Déformation du localier oblige, je ne pouvais faire l'impasse sur la représentation iséroise lors de ces Assises, et plus particulièrement en ce dernier jour. Côté tribune, il y avait d'abord Stéphène Jourdain, journaliste économique au Dauphiné Libéré, qui est intervenue dans le débat « La crise économique: comment en parler? » Côté tribune encore, il... devait y avoir Patrick Pelletier, rédacteur en chef en charge du développement de Grenews. Il était prévu qu'il s'exprime lors du débat « L'avenir est-il à l'hyperlocal? Presse, web-TV, TNT, etc. » mais il n'est finalement pas venu. Côté salle, outre votre assidu serviteur, deux journalistes du 3-8 ont assisté aux débats pendant ces trois jours d'Assises: Pierre Viallet, journaliste pigiste du Dauphiné Libéré à Bourgoin, et Gérard Fourgeaud, journaliste à France Bleu Isère et membre du Club de la presse de Grenoble. Ainsi, peut-être, que d'autres confrères que je ne connais pas -et qui devraient dans ce cas adhérer au Club! Tous comme les trois autres cités plus haut, d'ailleurs... Allez, c'est une invitation!
L'explication du jour
Elle est l'oeuvre de Jean Miot, ancien président de l'AFP (entre autres fonctions), qui l'avait déjà exposée la veille en comité plus restreint. Il a livré au large auditoire, réuni pour la clôture des Assises vendredi après-midi, les quatre causes, les quatre responsables à ses yeux de la crise actuelle de la presse écrite: « les patrons de presse, qui ont oublié les lecteurs au profit des annonceurs; les ouvriers du Livre CGT, qui ont freiné à mort la modernisation des journaux; les journalistes, qui ont continué à faire le journal qui leur plaisait en oubliant que les lecteurs avaient changé; l'Histoire, et notamment les idéaux de la Résistance, qui entendaient séparer la presse et l'argent, alors que la presse ne peut plus vivre sans être adossée à un grand groupe. » Jean Miot a ensuite précisé sa pensée sur ce dernier point: il ne défend pas la détention des organes de presse par les groupes industriels (Bouygues, Lagardère, Bolloré...); il souhaiterait les voir intégrer de grands groupes de médias, dont la création est interdite par la loi.

Le débat de clôture a rassemblé Edwy Plenel, Jean Miot et François d'Orcival et était animé par Bruno Masure.
L'autre explication du jour
C'est François d'Orcival, dirigeant de Valeurs Actuelles et président du Syndicat professionnel de la presse magazine et d'opinion, qui a emboîté le pas à Jean Miot lors de ce débat de clôture, pour dénoncer « les trois types de cultes, de cultures contraires à la nôtre » qui contribuent au discrédit des journalistes. Un discrédit qui « n'est pas vraiment nouveau » puisque notre profession apparaît régulièrement selon lui en queue de peloton des métiers les plus aimés des Français, « avec les avocats marron et le notaires véreux » mais bien loin de la première place squattée par les pompiers! Voici ces trois cultes/cultures ennemies: « les amateurs », qui estiment pouvoir faire aussi bien voire mieux que les professionnels, ce qui entraîne un nivellement et une suppression de la hiérarchie de l'info; « la gratuité », car on réclame des infos accessibles à tous, « comme l'air et l'eau, or les deux peuvent être polluées » et « il y a toujours quelqu'un qui paie », en l'occurence la publicité, ce qui n'est pas la meilleure garantie d'indépendance; « l'émotion », qui ne nécessite pas de recul ou de réflexion, puisqu'on ne fait qu'y réagir, immédiatement, ce qui « peut entraîner à commettre les fautes les plus graves ». « Les trois ensemble constituent la dictature de l'information mondialisée ». Pas moins. Pour lutter, pour résister, il faut « être des professionnels, réfléchir, travailler, avoir de la maturité de jugement, de la rigueur. L'info de qualité a un prix. Il faut être des adversaires de l'émotion pure. »
La star du jour

Edwy Plenel a suscité l'enthousiasme de la salle.
Eh oui, c'est Edwy! Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du Monde, actuel directeur de Mediapart. Disons-le tout de suite: je ne suis pas objectif ici. J'ai beaucoup d'admiration pour ce journaliste, son parcours et son discours. D'autres auraient mis en avant Bruno Masure, sans doute plus « people » car ancien présentateur du JT et ancien chroniqueur chez Drucker. Je l'apprécie aussi, mais dans un autre registre. Pour moi, la star de vendredi, et pas seulement de vendredi, c'était Plenel. À en juger par les applaudissements nourris (les seuls applaudissements du débat, d'ailleurs) qui ont ponctué son intervention, c'est un avis bien partagé! Voici par exemple, pour étayer mon propos, les propositions qu'il a formulées pour obtenir davantage d'indépendance pour les médias: « il faut l'équivalent du FOIA (Freedom of information act, loi sur la liberté de l'information) américain; mettre fin [par la loi] au mélange des intérêts économiques et des médias; revenir à la protection des sources des journalistes; créer un statut de société de presse à but non lucratif; penser les droits et devoirs des journalistes et des citoyens. » Un programme qui a séduit. Non, pas que moi!

L'ancien présentateur du JT Bruno Masure aurait pu être la star du jour...
Textes et photos: Sébastien Dudonné
Clubadmin
Le: 11/10/09
3e Assises du journalisme à Strasbourg: jour 2, les patrons, la belle et la toile
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les étudiants en journalisme sont nombreux à suivre les débats.
Le débat du jour
C'est une question qui agite les journalistes, notamment de presse écrite. Avec davantage de force à mesure que le temps passe, que la « révolution numérique » avance en bousculant tout sur son passage. « Bien informer en « .fr », est-ce possible? » Autant le dire tout de suite: les trois heures de débat, passionnant, n'ont pas épuisé le sujet. Ni apporté de réponse définitive. Mais les participants ont donné des éléments de réflexion essentiels. Jean-Marie Charon, sociologue spécialiste des médias, en premier. « En 2008, il y avait en France 578 web-journalistes. C'est-à-dire des journalistes ne travaillant que sur le Net. » L'enquête qu'il a menée lui a d'abord révélé la grande hétérogénéité de ce nouveau monde: diversité des contenus, de l'écriture, des structures, des statuts, des modèles économiques... Il y a les sites de la presse nationale, ceux de la PQR (Presse quotidienne régionale), ceux de la presse d'opinion et les « pure players » (les sites qui ne sont rattachés à aucun autre média, comme Rue89, Mediapart...). Tous différents dans leur approche. Seul point commun: aucun n'atteint l'équilibre financier. Il a également tenu a tuer des stéréotypes, des préjugés tenaces sur le web-journalisme, « qui ne se vérifient pas forcément »: papiers courts, journalistes qui ne sortent jamais de leur bureau et réécrivent des dépêches, infos sorties sans vérification, effectifs réduits... « Le site du Figaro emploie 40 journalistes, celui du Monde 35, celui du Nouvel Observateur 30... »
Pour Pierre Haski, patron du site Rue89, « la vraie révolution du web, c'est que le lecteur est dans la boucle, il donne son avis, il critique, il fait partie intégrante du processus de construction de l'info. La parole du journaliste n'est plus sur un piédestal. » Pierre France, journaliste aux Dernières Nouvelles d'Alsace, estime que « le principal atout du web-journalisme, c'est la maîtrise du temps. On peut couvrir en direct ou publier un reportage deux ou trois semaines après. Le principal handicap, c'est le corollaire, les horaires qui s'apparentent à ceux de la classe ouvrière, en trois-huit. » Éric Mettout, rédacteur en chef de lexpress.fr, met en avant « la multiplicité des supports (video, photo, son, texte) et l'accès aux archives, le principal handicap étant que dans cette sphère inconnue en évolution, on commet des erreurs au fur et à mesure, en apprenant.
Le débat a été animé autour du rôle participatif des lecteurs et de sa prise en compte par les journalistes. « Le rapport aux lecteurs est en train de changer notre rapport à l'info. Un papier n'est jamais fini tant qu'il y a des commentaires » a avancé Eric Mettout. « Mais il faut savoir terminer une discussion » a précisé Pierre France. Chez Rue89, c'est au bout de quatre jours. Faut-il considérer les lecteurs comme des sources? Des correcteurs? Des vigies? Des emmerdeurs?
Le web-journalisme, nouveau far-west, apparaît à ses défenseurs comme une terre promise où tout est mieux que dans les médias traditionnels: plus de limite de place pour les articles, immédiateté de la sortie des infos, multiplicité des moyens de la transmettre, formation d'une communauté interactive avec les lecteurs... Ce qui inquiète les autres, pointant du doigt les limites de ces libertés: la précipitation qui fait oublier de vérifier ou recouper les infos, les horaires de travail sans fin, les rédacteurs/photographes/capteurs d'images/monteurs/preneurs de son qualifiés de « journalistes-Shiva » par une consoeur de Ouest-France, les heures passées à dialoguer avec les lecteurs mécontents plutôt que d'aller sur le terrain...
Si les terres à défricher et à labourer sont innombrables sur la planète Internet, ses pionniers et les colons qui les suivront ne pourront sans doute pas faire l'économie de nouvelles règles permettant d'appliquer de vieux principes, fondamentaux et inchangés: qualité de l'information et déontologie.

Pierre Haski, patron du site Rue89: « la vraie révolution du web, c'est que le lecteur fait partie intégrante du processus de construction de l'info. »
L'absent du jour
Ça aurait pu être Gérard Leclerc, président de la chaîne parlementaire (LCP-AN), qui devait animer le débat avec les politiques à l'Ena jeudi soir. Euh... ben non, en fait. Le fantôme des Assises, pourtant omniprésent dans les médias depuis quelques jours, n'était autre que Frédéric Mitterrand. Le ministre de la Culture et de la communication, qui devait assister à la soiré de remise de prix, a été retenu à Paris, pour être précis dans le studio du 20h de TF1, où il devait s'expliquer sur son soutien à Roman Polanski et sur ses écrits concernant le tourisme sexuel en Thaïlande. Sûr qu'il aurait préféré être au Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg...
La frustratrion du jour
Ne pas être doué du don d'ubiquité. En effet, depuis mercredi, les débats, ateliers et rencontres s'enchaînent à un rythme effréné et... dans des lieux différents! Le tram strasbourgeois a beau être pratique et efficace, il ne permet pas de quitter une « Carte blanche » au Conseil de l'Europe s'achevant à 17h et d'assister à... 17h au début de la rencontre avec les nominés du Prix du meilleur livre sur le journalisme à la librairie Kléber! Surtout si l'on ne voulait pas manquer ensuite le débat avec les politiques à l'Ena, qui commençait là aussi à l'heure où finissait la rencontre à la librairie. J'ai donc fait l'impasse sur les auteurs. Dommage!
Les courageux du jour
Ils s'appellent Marc Feuillée et Christophe Victor, costume gris et gris costume. Les « men in grey » du jour. Ces deux « patrons de presse » -le premier est président du groupe L'Express/Roularta, le second directeur général adjoint du groupe Figaro- ont osé venir participer aux Assises du journalisme. Et dans un débat au titre provocateur: « Journalistes – patrons de presse: pourquoi tant de haine? » Rassurez-vous (ou soyez déçus?), il n'y a pas eu de pugilat, ni même d'insultes, pas même de haussement de ton dans ces échanges. Juste des représentants de « deux logiques contraires, voire contradictoires » -selon l'animateur Christophe Deloire (directeur du CFJ)- qui ne parlent pas le même langage, ne voient pas le journalisme sous le même angle et se comprennent mal. Jérôme Bouvier, président de Journalisme & Citoyenneté, tenait beaucoup à ce débat. S'il n'a pas permis de résoudre « un très vieil antagonisme, remontant à l'industrialisation de la presse » au milieu du XIXe siècle, comme l'a rappelé l'historien Patrick Eveno, il a souligné les préjugés, les caricatures ayant encore cours dans chaque camp. Et des opinions diamétralement opposées sur plusieurs aspects.

Marc Feuillée et Christophe Victor, les « men in grey » des Assises.
« Les journaux sont de moins en moins bons » a lancé Jacqueline de Grandmaison, vice-présidente de l'UCPF. « Je ne suis pas du tout partisan du déclinisme, de la nostalgie » a répliqué Marc Feuillée. « Ce n'est pas en mettant moins de moyens qu'on s'en sortira. Des secteurs entiers sont amputés car on nous dit que « ça n'intéresse personne », « ça coûte trop cher » » a prévenu Francis Malye, président de la Société des journalistes du Point. « On ne fait pas un meilleur journal en diminuant les moyens, a reconnu Christophe Victor. Cependant, la question n'est pas celle des moyens, mais de leur allocation. » « Il y a un problème de qualité des journaux » a avancé Alain Girard, secrétaire national du SNJ. « Le premier devoir d'un journaliste, c'est d'être lu. La notion de plaisir du lecteur n'est pas suffisamment mise en avant » a riposté Christophe Victor. Pierre Haski, ancien journaliste de Libération, aujourd'hui patron du site Rue89, avoue être « un peu schizophrène » mais tient encore un discours de journaliste: « Avec les plans sociaux, une bonne partie des journalistes ont été virés, et pas que des bras cassés. À Libé, les 4/5 du service international ont disparu en dix ans. C'est un vrai problème. » Pas pour Christophe Victor: « On ne peut pas nier le fait économique. Il y a énormément de disparitions de journaux. Il est donc vital d'avoir un raisonnement économique. »
Sur la question de la pression des annonceurs sur la rédaction, l'incompréhension n'est pas moindre. « C'est vrai, il y a une très grosse pression des annonceurs. Il faut être très fort pour résister. Il faut faire front ensemble, journalistes et éditeurs [les patrons de presse, ndla], face aux annonceurs comme aux politiques. » Un discours qui a au mieux fait sourire jaune les journalistes à la tribune et dans la salle, qui savent que les pressions en question sont retransmises, voire anticipées, par leur hiérarchie! Une charte de déontologie nationale? La reconnaissance du statut des équipes rédactionnelles? Les patrons de presse sont contre. Pour MM. Feuillée et Victor, inutile de légiférer, tout peut se régler en interne... L'incompréhension ne se dissipant pas, certains ont été tentés de gonfler les biceps: « La haine est en train de monter avec la hausse du nombre de plans sociaux, la précarité et l'exploitation des jeunes. J'aimerais mettre en garde les éditeurs. Il y a un grand malaise » a lancé Alain Girard. « Attention à la radicalité, qui n'est pas une solution... » a riposté Marc Feuillée. Match nul. À rejouer?

Jacqueline de Grandmaison, vice-présidente de l'UCPF, a tenté de défendre une vision ambitieuse de la presse.
Les « people » du jour
Feu d'artifices de grands noms du journalisme, ces stars, ces people de notre profession! En ce jeudi, on pouvait écouter Jean-Marie Colombani, ancien directeur du Monde, fondateur de Slate.fr et Youphil.com, Laurent Joffrin, directeur de Libération, Jean-François Leroy, directeur général du Festival international de photojournalisme de Perpignan « Visa pour l'Image », Jean Miot, ancien patron de l'AFP, Audrey Pulvar, présentatrice sur I>Télé, Jean-Marie Cavada, ancien présentateur de « La Marche du siècle » et député européen... Sans oublier le sociologue spécialiste des médias, Jean-Marie Charon. Ce n'était plus Strasbourg, c'était Cannes!

Jean-Marie Colombani en grande discussion avec Jean Miot.

Jean-Marie Colombani dans l'objectif des caméras et appareils-photo.

Jean-François Leroy défend le photojournalisme en danger.

Laurent Joffrin défend le paiement de contenus informatifs sur les sites Internet comme dans la presse écrite: « Ce qui a un coût doit avoir un prix ».
L'erreur du jour
C'est Jean-Marie Cavada. Invité à la tribune aux côtés de Clémentine Autain, Catherine Trautmann et Jean-Luc Mélenchon pour le débat « Politiques, qu'attendez-vous du journalisme? », le député européen était en effet le seul à... avoir été journaliste. Bon, et à être de droite, aussi...

Jean-Marie Cavada, double erreur de casting?
Le charme du jour

Clémentine Autain, la palme du charme.
Pardon à Audrey Pulvar, pourtant sublime -que je n'ai pas vue jeudi, n'étant pas, tout comme Frédéric Mitterrand, de la soirée de remise de prix- mais la palme du charme revenait à mes yeux à Clémentine Autain. Sa modestie et son engagement féministe dussent-ils en souffrir, c'était sans aucun doute l'intervenante (la participante?) la plus jolie, la plus charmante de la journée. Et comme son discours est intelligent, sincère et vif, cela ne gâche rien. Mais cela n'engage que moi...
L'amuseur du jour
Ce n'était pas évident a priori, mais c'est bien Jean-Luc Mélenchon (attends, je vérifie sur mon carnet de notes... oui, oui, Mélenchon, c'est ça) qui a fait rire l'assistance à plusieurs reprises lors du débat des politiques à l'Ena. Provocateur, pince-sans-rire, le fondateur du Parti de Gauche a réussi, tout en faisant passer des messages très sérieux -parfois à coups de formules assassines- à se mettre dans la poche un public qu'il a en fait critiqué la plupart du temps! Était-ce le fait d'être soudain face à un parterre de journalistes, alors que selon lui, d'habitude, « il faut se battres comme des chiens pour pouvoir s'exprimer » et être invité sur un plateau de télé, par exemple? « Je me passerais volontiers de vous » a balancé sans sourciller le député européen. « Mais le contact avec les gens n'est possible que par vous. Vous êtes une ruse de l'Histoire » a-t-il asséné. Reprochant notamment aux journalistes de « reproduire l'idéologie dominante » et de ne donner la parole qu'à des bourgeois car presque tous seraient issus de cette classe, il a terminé par un lapidaire « Vous pouvez nous manipuler, mais on sait très bien vous manipuler aussi! »
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Jean-Luc Mélenchon, clown pince-sans-rire?
Textes et photos: Sébastien Dudonné
Clubadmin
Le: 09/10/09

Didier Vachon, directeur France Bleu Isère, Léopold Strijnic, rédacteur en chef de FBI et Jacques-Marie Francillon et merci à Catherine Sirel pour l'organisation et l'accueil
Même si le soleil n'était pas vraiment de la partie, il y avait affluence au Musée Hébert, où les adhérents ont pu rencontrer le nouveau rédacteur en chef de France Bleu Isère et visiter également en présence de l'artiste , l'expo photos de Eric Hurtado " Point aveugle", jeu d'ombres, de lumière et de miroir...

Photo prise à 2h du matin au clair de lune et Eric Hurtado : photographe et auteur de l'expo photos
Clubadmin
Le: 08/10/09

Plus d'une centaine de personnes ont assisté au débat sur l'Europe mal-aimée mercredi après-midi.
Bon, déjà dans le titre, il y a deux approximations, ça ne va pas du tout! Ces troisièmes Assises internationales du journalisme et de l'information, organisées par l'association Journalisme & Citoyenneté, en partenariat avec le Conseil de l'Europe, sont en effet... les quatrièmes: aux deux éditions lilloises s'est ajoutée une édition spéciale à Paris, à l'occasion des Etats généraux de la presse écrite, en janvier 2009. Et ce mercredi 7 octobre n'en était pas le premier jour, mais le troisième. Sauf que... Sauf que les deux premiers jours étaient essentiellement consacrés à des rencontres entre journalistes et lycéens. Les débats et ateliers, les choses plus sérieuses, plus journalistico-journalistiques, commençaient bien mercredi. Et puis, c'était quand même le premier jour... de présence de l'auteur de ces lignes.
Qu'en retenir? Impossible de tout dire, et tout autant de résumer, de trier les informations échangées presque sans temps mort de 10h à 20h au fil d'un programme d'une grande richesse, une trop grande richesse à couvrir pour un seul homme (d'ailleurs j'ai fait l'impasse sur la soirée « Quelle diversité pour l'information »... Désolé, j'en pouvais plus...). Ceux qui voudront en savoir plus pourront se nourrir du travail des étudiants du Cuej, qui ont suivi -presque- tous les événements (http://aidj.owni.fr/) ou du blog officiel des Assises (http://blog.pressebook.fr/assises-journalisme/).
Voici donc une promenade partielle, subjective et légère dans les salles de réunion à moquette moelleuse et traduction simultanée du Conseil de l'Europe, puis au deuxième étage de la librairie Kléber avec vue la place du même nom.
Le débat du jour

Le débat sur la charte de déontologie est loin d'être terminé.
« Une charte de déontologie en 2010? » Ce sujet, l'un des quatre traités mercredi matin, mérite bien le point d'interrogation final. En tout cas, si l'on sous-entend «charte de déontologie rédigée, acceptée et dont le respect est assuré par une instance». Là, 2010, c'est vraiment trop tôt, tant les avis divergent et les résistances demeurent. Il faut rappeler que c'est le président Sarkozy qui a ressuscité le serpent de mer lors des Etats généraux de la presse écrite. Un groupe de travail, formé de 11 «sages» et emmené par le journaliste Bruno Frappat, devait s'inspirer des grands textes existant (la Charte de 1918, la Déclaration de Munich en 1971...) en les dépoussiérant un peu pour tenir compte des évolutions récentes (les nouvelles technologies, le problème des ménages...) et rendre sa copie à l'automne 2009. À charge ensuite aux partenaires sociaux (syndicats et patrons de presse) de négocier un accord sur cette base.
Un sous-groupe de quatre personnes, représenté à la tribune par Jean-Marie Dupont, ancien journaliste du Monde, s'est réuni plusieurs fois et se dit aujourd'hui « pas loin du consensus ». Une rencontre, qui doit être la dernière, est programmée pour le 20 octobre. Oui, mais... si comme l'affirme Marie-Laure Augry (France Télévisions), « le fait que ce texte existe fait avancer les choses », reste à savoir jusqu'où et dans quelle direction! Des journalistes craindraient que la charte serve de prétexte à des licenciements; des patrons de presse redouteraient qu'elle permette aux journalistes de ne plus obéir ou de réduire leur souveraineté... Et les questions se multiplient: faut-il annexer la charte à la convention collective des journalistes? Doit-elle être opposable aux tiers? Faut-il créer une instance ad hoc pour la faire respecter? Ou est-ce à la Commission de la carte d'identité des journalistes de récupérer cette prérogative, quitte à la déléguer à un organe satellite?
Ce qui est sûr, c'est que cette charte répond à « une demande du public » selon Nicolas Thierry (AFP, CFDT). Un public qui croit de moins en moins les journalistes. « Restaurer la confiance est nécessaire et la charte est une première étape; sans ça, on ne peut rien faire, résume Yves Agnès, ancien du Monde et président de l'Association de préfiguration d'un Conseil de la presse. Un Conseil de la presse... Conseil de l'Ordre honni par certains ou « instance d'intermédiation » impliquant les citoyens, évoquée par l'historien et spécialiste des médias Patrick Eveno? On l'aura compris, le débat est loin d'être clos.
Ah, si tout pouvait être aussi -apparemment- simple qu'au Royaume-Uni! Pendant quelques minutes, Will Gore, représentant du Conseil de la presse (PCC) britannique, a fait rêver l'auditoire: là-bas, depuis 1990, un code de bonne conduite (mis à jour chaque année si nécessaire, en tenant compte des remarques des lecteurs) régit le contenu des articles de la presse écrite. Le PCC est chargé de faire respecter ses principes, qui ont été édictés par les seuls représentants des journaux, désireux avant tout... que le gouvernement ne s'en occupe pas. Il s'agit d'un code auxquels les journaux se sont soumis volontairement, qui n'a pas de statut juridique et n'entraîne donc ni amende, ni sanction interne. Mais des mea culpa dans les journaux fautifs. Et ça fonctionne... Strange, isn't it?
Le « couple people » du jour
Je survends un peu, là... Par « people », il ne faut pas entendre « Brad Pitt et Angelina Jolie », et dans « couple » il ne faut pas voir « mari et femme ». À part ça, l'expression est justifiée et concerne les deux « stars » du journalisme télévisé présentes aux débats sur la déontologie et sur le désamour vis-à-vis de l'Europe, j'ai nommé Marie-Laure Augry et Christian-Marie Monnot. L'ancienne complice d'Yves Mourousi (je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans...) et le journaliste au noeud papillon, tous deux médiateurs sur France Télévisions, ont été assidus. Comment ça, y'a plus people que ces deux journalistes? M'ouais, peut-être... Mais PPDA, c'est lundi qu'il était là! Patience, patience: demain, on annonce Laurent Joffrin, Jean-Marie Cavada et Audrey Pulvar.
La tirade du jour

Jean Quatremer, un journaliste passionné aux opinions tranchées!
Elle est sortie de la bouche véhémente de Jean Quatremer, journaliste chargé des questions européennes pour Libération. Interrogé sur le peu d'intérêt des journalistes pour l'Europe en particulier et les dossiers complexes à creuser minutieusement en général, il s'est lâché: « C'est un problème de formation des journalistes en France, ils ont la culture du reportage. C'est le syndrôme Albert Londres, les carnets de route, les choses vues... Ils n'ont pas le goût de l'investigation. Les deux gars qui ont fait tomber le président Nixon aux Etats-Unis [Woodward et Bernstein, qui ont sorti le Watergate, ndla], je suis pas sûr qu'ils auraient été récompensés en France! »
Les chiffres du jour
Au milieu d'un tableau alarmant, inquiétant, déprimant de l'avenir de la presse et du journalisme, Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum, a glissé cette comparaison tout aussi alarmante, inquiétante et déprimante mais actuelle: « Il y a plus de communicants au Conseil général des Hauts-de-Seine (200) que de journalistes à la rédaction de Libération (130). »

Bertrand Pecquerie (à gauche), ici au côté de Jérôme Bouvier, a exposé sa vision de l'avenir du journalisme qui en a refroidi plus d'un.
L'absent du jour
Il était annoncé mercredi, il devrait intervenir jeudi: c'est Jean-Marie Colombani, fondateur de Slate.fr et Youphil.com, ancien directeur du Monde. Ouf! Encore 24h de report, et il aurait pu croiser son ancien rédacteur en chef au quotidien du soir, Edwy Plenel...
La fausse surprise du jour
À en croire le nombre de questions posées à Luc Folliet, auteur de « Nauru, l'île dévastée », il semblerait que ce confetti du Pacifique, passé de la richesse indécente à la pauvreté extrême en quelques années, passionne plus les foules -et notamment les étudiants en journalisme- que la dentelle de Calais, menacée de disparition... Dommage pour Thierry Butzbach et Morgane Railane, auteurs de « Qui veut tuer la dentelle de Calais? », qui du coup n'ont pas pu s'étendre sur les dessous (en dentelle, toujours) de leur enquête... Les jurés du Prix du premier livre de reportage, pour lequel les deux ouvrages sont nominés, renverseront-ils cette tendance? Réponse jeudi soir.

Pierre Daum, Luc Folliet, Thierry Butzbach et Morgane Railane, nominés pour le Prix du premier livre de reportage.
Textes et photos: Sébastien Dudonné
Clubadmin
Le: 08/10/09
L'équipe féminine du Club de la Presse et des Médias remporte la première place de l'Isère EDF Trophy d'aviron dans sa catégorie.
Pour une première participation, cet équipage dont la majorité n'avait jamais ramé avant ses trois séances d'entrainements, s'est magnifiquement comporté sur le plan d'eau du Pont d'Oxford. Notamment lors d'une finale très serrée.
La "Pink Team" avait choisie de courir en rose pour communiquer sur la campagne "Octobre Rose" de l'ODLC (Office de lutte contre le Cancer) sur le dépistage du cancer du sein.

Anne-Gaelle Metzger, Brigitte Sarazin, Gilles Galoyer (entraineur et barreur), Cecile Bagieu, Steph Monfront
Rosalie Hurtado, Mary Guerif, Sylvie Blondeau, Jocelyne Chevallier
(photos: JM Francillon)
Et quelques photos de Jean-Philippe Beaucher prises tout au long de cette journée:
http://www.flickr.com/photos/edflondon2012/sets/72157622512032526/
jm francillon
Le: 04/10/09






